Virée shopping

Voilà, j’ai enfin admis que faire du shopping avec mon fils adoré, un adolescent dans toute sa splendeur, demeure tout simplement impossible. Profitant de cette fameuse période des soldes, j’ai, tout comme mon tendre mari, voulu lui faire plaisir en l’accompagnant dans les boutiques. Ah la joie des magasins en famille !

Sincèrement, je dois admettre que j’étais sur l’instant relativement flattée que mon bébé, devenu grand, souhaite ma présence pour choisir ses tenues. Toutes mes copines se plaignent du manque de connivence avec leurs enfants, de cette indépendance qu’ils veulent obtenir trop vite, en franchissant allègrement les innombrables étapes qui mènent à la maturité et une éventuelle autonomie.

Ainsi, la poitrine gonflée de fierté, je pouvais revendiquer que mon fils avait toujours besoin de sa maman, ayant pleinement connaissance de mon inestimable bon goût et de mon don inné dans le choix d’un look toujours à la mode ! Les parents ont la reconnaissance qu’ils méritent ! Je suis enfin reconnue comme une mère « in » ! Mes convictions en matière d’éducation avaient transmis à mon chérubin le sens des valeurs et une évidence indéniable : sa maman restera toujours une source fiable à la présence charismatique.

Soyons honnêtes, j’ai rapidement envié mes amies qui ne s’occupent nullement des achats de leurs mouflets ! En effet, ce moment, supposé de partage et de détente, se transforme hélas en catastrophe relationnelle, même si j’ai vainement essayé de m’impliquer à fond en restant calme. La chaleur étouffante dans cette fichue enseigne, la musique assourdissante, une foule incroyable et l’hystérie collective commencent sérieusement à me stresser, je suis limite en mode crise de nerfs intérieure, camouflée sous un sourire crispé.

Afin de me donner une contenance, je fouille aussi parmi les divers vêtements, m’intéressant aux multiples habits proposés. Cependant, je cesse ma quête lorsque des gamines ricanent bêtement en me regardant, pouffant joyeusement de constater que mes formes voluptueuses ne peuvent être contenues dans des accoutrements dits « pour les jeunes » et aux tailles minuscules. À force d’attendre, collée à un gros poteau qui me semble d’un soutien infaillible, je transpire, j’en ai marre de rester debout. Ma volonté herculéenne s’effrite… Mon homme commence sérieusement à s’énerver lui aussi en tapant énergiquement le sol avec son pied. Notre patience s’est envolée, laissant l’agacement nous submerger.

Tentant de relativiser cette maudite journée, j’observe mon fils essayant une montagne de fringues. Une impression désagréable de revivre la fameuse scène du film culte « Pretty Woman » me gagne. Effectivement, il désire forcément l’article introuvable : LE pull-over, ultra design, non soldé bien évidemment. Finalement, je ressens presque de la honte. Non, ce n’est pas ma progéniture, tant ce sale gosse vide les étagères, épuise les vendeurs pourtant vraiment très compétents, parés d’une rare courtoisie. Ce n’est pas la bonne taille, pas la bonne couleur, pas le style demandé… Un véritable cauchemar ! Elles sont parties où les règles éducatives pour lesquelles j’ai épuisé tant d’énergie durant sa foutue enfance ?

Finalement, après un très très long moment, il prend l’article le plus moche à mon goût, le plus cher en plus. Bref, celui que je n’aurais jamais choisi. Plus jamais, je ne revivrai cette expérience malheureuse, on apprend toujours de ses erreurs et je retiens amplement la leçon. Désormais, je lui donnerai de l’argent et il ira, seul, avec ses potes. Tout compte fait, la note s’avère bien salée. Oui, subitement, je viens de comprendre que je suis aussi là pour payer, ma carte bancaire a certainement plus d’aura que moi-même.

Le bilan de cette sortie : je prends conscience que mon petit poulet est désormais un jeune homme, ayant ses propres goûts et opinions, qui assume ses choix avec détermination et une volonté à toute épreuve. Mon enfant s’affirme et s’affranchit de ses parents…

Les temps changent, me précipitant dangereusement dans les prémices de la vieillesse !

Être parent, c’est vouloir à la fois câliner et étrangler son enfant. »

Bill Watterson

 

Comments are closed.