Toute première fois

Parfois la vie nous offre des surprises inattendues qui réfutent nos convictions les plus intimes. En effet, j’étais certainement la première personne (de par ma nature plutôt méfiante) à rire et me moquer de toute amitié virtuelle, synonyme de mirage émotionnel et de superficialité bien souvent. Tellement simple et aisé d’établir un lien, de se forger une personnalité, de camoufler ses défauts derrière un clavier, d’élargir son cercle de l’amitié pour combler un vide affectif ou honorer une personne désirée, parfois idéalisée. Bref, d’embellir démesurément la réalité !

À présent, je suis la première à penser que parfois les préjugés se doivent d’être réduits à néant en privilégiant la tolérance et une ouverture d’esprit, en s’accordant le droit d’essayer.

Une authentique passion commune nous a permis de nous rencontrer, d’échanger tout d’abord seulement autour de cet artiste si fabuleux, puis peu à peu l’une et l’autre avons partagé notre quotidien, expliquer par un contact virtuel notre vie réelle. Naturellement, une rencontre s’imposait. Hélas, un premier rendez-vous manqué suite à un deuil douloureux… Une année plus tard, notre lien me semble encore plus fort, la perte d’un être cher permet aussi, face à ce chagrin, de reconnaitre les véritables valeurs des gens qui vous entourent, qui sont là patiemment pour vous. Une belle preuve de bienveillance !

Dans quelques jours seulement, je vais enfin la voir « en vrai ». Certes, encore quelques angoisses m’habitent en pensant que mes attentes ne sont peut-être pas les siennes. Certaines amies me disent que je suis probablement folle de partir à l’inconnu chez une personne que je ne connais effectivement pas… et encore plus givrée d’avoir réserver avec cette même âme virtuelle de prochaines vacances en juillet à Londres !

Et si le virtuel ne pouvait se satisfaire du réel ? Si la déception soldait cette amitié ? Si en nous rencontrant notre lien volait en éclats ?

Parfois, je pense à tout cela, encore plus depuis que la réalité devient concrètement palpable, mais j’efface rapidement ces doutes absurdes (merci mon manque d’estime). Avec pragmatisme, je ne pourrai expliquer pourquoi avec elle le contact est passé avec fluidité, pourquoi cette envie commune de percuter nos deux mondes, d’intensifier notre complicité ?

Certainement parce que je ressens depuis que je la connais -seulement à travers ses mots écrits quotidiennement, uniquement au son de sa voix mélodieuse- que nous partageons la même sensibilité, un humour identique, des valeurs semblables bref la sensation que cette nana dite « géniale » est une amie dans mon cœur et compte bien le squatter encore de belles années.

Confiante, je vais donc la rencontrer, découvrir tout comme elle notre part de l’inconnu… et qu’importe mon (notre ?) appréhension, la chance de rire prochainement ensemble, sans divers symboles de smileys et autres LOL échangés via nos mails, me semble un fabuleux risque à saisir pour conjuguer véritablement le mot précieux de l’amitié.

 L’amitié sans confiance, c’est une fleur sans parfum. »

Laure Conan

 

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