Tatouée pour la première fois

Cela faisait déjà plus d’une dizaine d’années que je pensais à me faire tatouer un motif précis qui tranquillement se dessinait dans mon esprit. Une envie récurrente qui venait puis s’estompait. Inconsciemment, je savais que ce n’était pas le bon moment. En effet, le tatouage ne représente pas un acte anodin, il doit être réfléchi consciencieusement afin de ne pas succomber à un vulgaire effet de mode.

Puis ces longs derniers mois, ma vie a incontestablement changé, certaines épreuves douloureuses m’ont fait évoluer. Soudainement, ce tatouage est presque devenu obsessionnel, ce n’était plus une envie, mais un réel besoin viscéral. Je ne souhaitais pas un tatouage seulement esthétique, il a une réelle symbolique pour moi. Il fallait que je le fasse, que je marque ma peau de ce souvenir précis, de cette partie de mon histoire. Ma décision était prise, actée par la date indispensable du rendez-vous.

Tout d’abord, j’ai observé avec amusement les réactions diverses de mon entourage… toutes réfractaires ! En réalité, je ne leur demandais pas leur avis, je les informais simplement au détour d’une conversation, de ma décision de franchir le pas.  Pourtant même mes amis les plus proches ont tous tenté vainement, avec parfois une vive répulsion, de me dissuader. Diverses remarques signifiant que la douleur était horrible, que les effets secondaires fréquents, que c’était hideux de marquer sa peau, qu’il fallait que je pense à ce fameux tatouage qui serait toujours là quand je serai vieille… Bref des personnes toxiques, prises d’une subite envie de s’approprier mon corps, me jugeant presque avant la finalisation de l’acte. L’intolérance et le jugement déversés dans un flot de paroles négatives.

Le jour J, mon courage avait totalement disparu, regardant constamment ma peau blanchâtre réactive et allergique, même si l’envie d’un tatouage envahissait toujours mon cerveau. Donc, je suis allée d’un pas fébrile chez mon tatoueur, anxieuse de cette foutue douleur, j’envisageais d’ailleurs de ne réaliser que le commencement de mon dessin si jamais je ne pouvais supporter ces aiguilles qui transpercent ma peau… Ainsi, je n’aurai eu qu’une esquisse de tatouage, le truc ridicule qui confirmera à vie que je suis une douillette, même si la douleur demeure propre à chacun.

Après énormément de procédures stériles (je ne suis pas certaine que ma gynéco en fasse autant avant de me fourrer son spéculum), ça a commencé… Enfin, mon tatoueur m’a précisé qu’il avait débuté, car personnellement je ne ressentais pas grand-chose. La sensation s’avère certes désagréable, mais totalement gérable (à mon humble avis). Un peu le sentiment qu’un cutter effleure votre épiderme lors du tracé du contour. En ce qui concerne le remplissage, j’ai tout simplement adoré cette impression de « gratouilles », l’imprégnation d’encre dans la peau. Bref, j’avais si peur, et pourtant j’ai tellement aimé que je sais que le prochain sera certainement pour bientôt (maintenant que je maitrise…).

Par contre, pour être honnête, là où j’ai vraiment ressenti une sensation désagréable reste durant les deux longues heures pendant lesquelles mon bras a été emprisonné, tel un gigot, dans du film alimentaire. Une brulure intense comme si ma peau était prête a éclaté, à se fendre de tous côtés. Ensuite, j’ai appliqué quotidiennement la crème prescrite par mon tatoueur et je n’ai pas eu à déplorer d’envie de grattage, juste une légère desquamation pendant la phase de cicatrisation.

À présent, je ne regarde pas mon tatouage, je sais qu’il est là, j’ai le sentiment intime qu’il a toujours été existant mentalement et subitement il s’est dévoilé sur ma peau, devenant une réalité concrète. Indéniablement, il fait partie de moi comme une évidence.

Ce tatouage, ce qu’il représente, est finalement comme une thérapie, une forme d’exutoire. Il a effacé des douleurs précises en les concrétisant visuellement, il a marqué ma peau pour que mon esprit puisse tourner la page en toute quiétude.

Un tatouage est un peu comme une piqûre de bonheur, c’est pour cela qu’on en devient dépendant. »

Amy Softpaws

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