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Réparer les vivants

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« Tout commence au petit jour dans une mer déchaînée avec trois jeunes surfeurs. Quelques heures plus tard, sur le chemin du retour, c’est l’accident. Désormais suspendue aux machines dans un hôpital du Havre, la vie de Simon n’est plus qu’un leurre. Au même moment, à Paris, une femme attend la greffe providentielle qui pourra prolonger sa vie… »

Adapté brillamment du roman culte de Maylis de Kerangal, ce film touchant, véritable documentaire, présente habilement la transition entre la mort et la vie. Savoir apprendre et accepter le départ impensable d’un être cher tout en approuvant la continuation du futur pour un parfait inconnu.

Dans un cocon de pudeur, la réalisatrice Katell Quillévéré décrit avec justesse les différents instants chirurgicaux, mais aussi psychologiques qui parcourent tout protagoniste face au choix du don d’organes. Qu’importe l’âge réel du donneur ou du receveur, le jugement n’a pas sa place dans cette offrande à un prochain destin. Une belle leçon d’amour devant l’image de ce cœur qui bat !

Au sein d’un casting efficace (Bouli Lanners, Tahar Rahim, Alice Taglioni et Anne Dorval), l’actrice Emmanuelle Seigner se révèle magnifique dans le rôle délicat de la mère de l’adolescent décédé, terriblement poignante lorsque confrontée au tunnel de la mort et la lumière de cette autre existence.

Un film intense, bouleversant, d’une grande humanité et habité d’une vive émotion. Difficile de contenir ses chaudes larmes devant un tel mélodrame ! Même les âmes les moins sensibles ne pourront sincèrement y résister.

Le seul mauvais choix est l’absence de choix. »

Amélie Nothomb

Captain Fantastic

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« Dans les forêts reculées du nord-ouest des Etats-Unis, vivant isolé de la société, un père dévoué a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes. Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris. »

Dans cette fabuleuse fable moderne, totalement utopique, le réalisateur Matt Ross dresse le portrait d’une famille, plutôt marginale, en total retrait du monde réel dit « civilisé ». Cette immersion surprenante au sein de ce foyer extravagant nous offre une belle comédie féérique mettant en relief certaines questions éducatives, sans jamais sombrer dans un côté moralisateur. Ainsi, chacun est libre de son propre jugement et du regard porté sur cette existence hors-norme… Reste à savoir où commence ce semblant de normalité dictée par notre société actuelle ?

En patriarche de cette galerie de portrait d’êtres atypiques, l’acteur Vigo Mortenssen se révèle extraordinaire dans son interprétation sensationnelle. En effet, sa présence charismatique illumine et agrémente merveilleusement ce film tant il compose avec bonheur son personnage de chef de tribu, parfois sectaire ou impuissant face à ses convictions personnelles.

Avec une constante émotion, entre rires et larmes, voici un film d’une rare intelligence, sensible sur l’humanité dans lequel la tolérance n’est pas un vain mot.

Un voyage humain fantastique et percutant !

L’éducation se compose de ce qu’il faut dire et de ce qu’il faut taire. »

Joseph Joubert

La Danseuse

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« Loïe Fuller est née dans le grand ouest américain. Rien ne destine cette fille de ferme à devenir la gloire des cabarets parisiens de la Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Cachée sous des mètres de soie, les bras prolongés de longues baguettes en bois, Loïe réinvente son corps sur scène et émerveille chaque soir un peu plus. Même si les efforts physiques doivent lui briser le dos, même si la puissance des éclairages doit lui brûler les yeux, elle ne cessera de perfectionner sa danse. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan, jeune prodige avide de gloire, va précipiter la chute de cette icône du début du 20ème siècle. »

En réalisant son premier long-métrage, Stéphanie Di Guisto a choisi de s’inspirer librement de l’histoire méconnue de la danseuse américaine Loïe Fuller. Dans ce biopic romanesque, la beauté visuelle, auréolée d’une splendide lumière domine chaque plan grâce à de nombreux mouvements épiques de danse, totalement portés par une réelle sensualité.

Le casting se révèle assez prestigieux. Pourtant, l’actrice française Soko, à elle seule, subjugue et envoute totalement ce film. Entre force immense et tendre délicatesse, sa performance demeure exceptionnelle tant cette dernière semble habitée par le personnage de l’héroïne et les émotions ressenties. Ainsi, celle-ci exprime merveilleusement la sensibilité artistique de cette femme, indissociable de son talent chorégraphique novateur à cette époque.

Évidemment, le spectateur conquis se laissera aussi charmer par la gracieuse juvénile Lily-Rose Depp, interprétant Isadora Duncan, même si sa présence n’apparait seulement qu’après une heure de film. Une très belle révélation ! Incontestablement, ses premiers pas de comédienne novice s’avèrent réellement très prometteurs pour un futur avenir étoilé.

Un magnifique film, émouvant et enveloppé d’une douce poésie, qui décline le portrait d’une femme libérée et passionnée.

L’acte le plus courageux est toujours de penser par soi-même. À haute voix. »

Coco Chanel

 

Elle

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« Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer. »

« Elle » est l’adaptation du livre « Oh… » écrit par l’intemporel Philippe Djian.

Comme souvent le réalisateur Paul Verhoeven s’amuse ici à la provocation, bouleverse la moralité bien-pensante avec ce thriller psychologique, qui devrait déranger une certaine partie du public tant le vice entre les personnages est haletant.

Avec une mise en scène soignée et rigoureuse, le rythme de cette descente aux enfers monte crescendo. Les protagonistes (Laurent Lafite, Virginie Efira, Charles Berling, et Anne Consigny) sont tous particulièrement étonnants de justesse, parfois inquiétants et souvent troublants, mais bien évidemment on succombe rapidement à LA femme de ce long-métrage : l’unique Isabelle Huppert.

L’actrice est tout simplement époustouflante dans son rôle de femme machiavélique aux multiples facettes. À la fois perverse et ambigüe, jonglant entre les souvenirs de l’enfance et ses propres pulsions, son talent d’interprétation explose face à la cruauté des situations. Somptueuse et impériale, elle est définitivement cette « Elle ».

Entre noirceur, suspense saisissant et humour corrosif, ce film, totalement amoral,  véritablement jubilatoire, au délicieux goût de scandale, réveille nos sens. Monsieur Verhoeven signe ainsi un retour magistral !

La crainte suit le crime, et c’est son châtiment. »

Voltaire

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