Solitude souterraine

Un épisode ordinaire dans la vie d’une maman… enfin, normalement. Le week-end dernier, j’ai emmené mon fils adoré se faire couper les cheveux dans une galerie commerciale. L’avantage, pas de rendez-vous à prendre, toujours une place de disponible et la petite coiffeuse qui travaille dans ce salon, plaît énormément à mon héritier. Je crois même percevoir que ses hormones d’ado se rappellent à lui lorsqu’elle lui masse doucement le crâne. Donc, pour lui faire plaisir, nous allons toujours au même endroit depuis déjà un certain temps.

Pendant qu’il la charme avec entrain, j’en profite alors pour effectuer quelques courses. Souvent, mon homme m’accompagne et nous décidons régulièrement de manger ensuite dans un petit resto sympathique. Le farniente d’un samedi incite à un repas à la bonne franquette chez l’italien du coin dont les odeurs alléchantes nous attirent fortement. Avec délice, nous profitons du calme de cet instant et dinons donc tranquillement en savourant des lasagnes suivies d’un « léger » tiramisu pour faire glisser tout ça. Le week-end, les calories aussi s’éclatent sur mes hanches ! « Libérée, délivrée » comme chanterait l’autre !

Puis, vers 22 heures, repus, nous nous rendons dans le parking souterrain pour récupérer notre véhicule. Cependant, à cet instant, nous vivons un grand moment de solitude. Pour une fois, je ne suis pas seule à faire ma blonde, mon mari peut aussi participer (ma générosité légendaire). En effet, le parking est fermé. Impossible de rentrer à l’intérieur. Nous voici alors coincés à l’extérieur, enfermés dehors… le délire du samedi soir ! Je suis prise immédiatement d’un terrible fou rire. Ce foutu parking reste inaccessible, pourtant bondé de voitures stationnées, sans aucune annonce stipulant sa fermeture à 20h30 pour prévenir les propriétaires (distraits) des véhicules.

On fait quoi maintenant ? Je ne m’imagine pas parcourir à pied les vingt kilomètres nous séparant de la maison, encore moins de faire du stop (en qualité de mère parfaite, je refuse de montrer le mauvais exemple) puisque je rappelle constamment à mon fils la dangerosité de cette pratique. Toutefois, je ne suis surtout plus assez naïve pour penser qu’un automobiliste, même un serial-killer, puisse avoir envie de « charger » un couple plus tout à fait jeune, un mouflet accroché à son portable et le monticule de courses que nous avons éparpillées dans plusieurs sacs.

La question reste entière : comment rentrer chez nous ? Mon mari bougonne tout en me montrant du doigt un panneau, de taille relativement conséquente, sur lequel sont mentionnés les horaires. À son ton, je le soupçonne presque de m’accuser de ne pas l’avoir vu et lu ! L’homme ne se remet nullement en question, les choses futiles sont à ma charge comme toujours. Plutôt que de m’énerver, en tentant de désamorcer une polémique, je me surprends à chantonner « Sur le parking des anges, plus rien ne les dérange… ». Un parking sombre, isolé, un coup de Marc Lavoine… Finalement, cette situation en deviendrait presque excitante ! Bref, j’évite d’évoquer ces pensées croustillantes tant les regards de mes deux mâles semblent supposer que je ne me rends pas compte de la gravité de la situation et certainement le marsala du tiramisu m’est monté à la tête.

Poliment, d’une petite voix fluette, j’ose dire à mon mari que nous devrions retourner au restaurant, les serveurs auraient peut-être une solution à nous proposer. « Ah, oui laquelle ? » m’entends-je répondre d’un ton très agacé. Un ange passe ! Visiblement l’effet érotique de Marc et ses yeux revolvers n’ont pas d’impact sur lui. Avec diplomatie, j’allais lui rétorquer un juron lorsqu’un couple hilare se dirige vers nous, accompagné du responsable de la galerie qui possède la clé magique, le fameux pass, pour déverrouiller le parking. Instantanément, je ressens presque le triomphe d’un candidat qui rapporte la clé de « Fort Boyard » à Passe-Partout !

Soulagés, nous et notre couple de sauveurs évacuons rapidement nos véhicules et décidons de trinquer à cette situation invraisemblable. Que d’émotions ! Pourtant, nous aurions dû fêter modestement cette victoire, avec l’humilité qui nous caractérise (occasionnellement). En effet, il est parfois vraiment appréciable de se souvenir qu’une voiture immobilisée pour une nuit dans un parking se révèle clairement préférable à une rencontre fortuite avec deux amants vous proposant ouvertement un plan échangiste sur une banquette arrière !

Finalement, Marc et ses anges scabreux me donnent la nausée…

La solitude, on ne l’a jamais au bon moment. »

Gilles Archambault

Comments are closed.