Nuits sans rêves

Vivant actuellement une situation génératrice de stress (mon déménagement qui m’épuise énormément en me demandant beaucoup d’énergie), je traverse une zone d’anxiété passagère. Bref, je suis limite sur le point de craquer même si je me force à garder le sourire de jour… comme de nuit ! En effet, en ce moment, et pour la première fois de ma vie, je suis sujette à de terribles insomnies.

D’habitude, lorsque je me couche dans mon lit bien douillet, dans les bras de mon tendre amour, je m’endors aussitôt. Juste en fermant les yeux, je sombre immédiatement dans de doux rêves sans m’en rendre compte. Hop ! Je me mets dans ma position fœtale et je dors profondément. Depuis longtemps, j’entends parler d’insomnies autour de moi, mais je dois avouer que je ne connaissais pas le sujet. Hélas, je n’étais pas consciente de ma chance, dormir instantanément, sans me réveiller durant la nuit : de véritables heures de repos, nécessaires pour régénérer l’énergie et se sentir ainsi prête à affronter une longue journée. C’est triste à dire, mais je ne pensais pas que cette facilité me serait un jour ôtée.

Lorsqu’enfin, je parviens à m’assoupir, je me réveille en sursaut et n’arrive plus à me rendormir. Je cauchemarde, les yeux grands ouverts : des cartons me poursuivent et m’écrasent violemment, ma vaisselle préférée se brise, je me coupe maladroitement… Allongée sur le dos, je retourne en boucle les mêmes pensées dans mon esprit perturbé : serais-je prête à temps pour le déménagement ? Ai-je bien effectué tous mes changements de domiciliation ? Pourquoi me suis-je lancée dans cette aventure ? (il n’était pourtant pas si mal mon logement actuel).

J’entends encore les phrases d’une « copine » qui m’explique combien un déménagement est facile. Bien évidemment, cette dernière s’est contentée de poser ses fesses, tout en croisant gracieusement les jambes, dans un fauteuil et a encouragé du regard les déménageurs qui emballaient consciencieusement, un à un, chaque objet… Ne rien faire et donner des conseils ! En y réfléchissant, je ne dors pas, mais je suis carrément énervée ! La même « copine » qui m’explique combien il ne faut pas s’attacher aux biens matériels, mais qui claque des sommes astronomiques dans son shopping au quotidien (au point d’être grevée de dettes, mais l’image sociale lui semble plus importante qu’un simple compte bancaire virant constamment au rouge !) Avec elle, l’expression « parler comme un livre ouvert » prend tout son sens péjoratif !

Bref, je rumine lamentablement et perds définitivement le sommeil (et éventuellement une copine). L’angoisse me gagne instantanément et je regarde désespérément le réveil. Plus l’heure avance, plus je me dis que je vais être fatiguée demain et moins je dors : cercle vicieux des insomnies. Impossible alors de me rendormir ! Toutes les minutes, je me surprends à surveiller l’heure de mon réveil. Le temps me parait figé et d’une rare lenteur. J’envisage même de téléphoner à l’horloge parlante pour me convaincre de l’immobilisme de l’instant.

Mes nuits sont de plus en plus agitées et je commence même à redouter le moment où je vais me coucher. À l’approche de cette période fatidique, la peur de l’insomnie me guette inévitablement. Cette sensation devient très pénible et je commence sérieusement à être épuisée. Le manque de repos me rend de plus en plus colérique et de mauvaise humeur. À force de me retourner continuellement dans mon lit, je finis excédée et décide de me lever sans faire de bruit. À maintes reprises, je tourne en rond dans la maison comme une âme en peine en buvant un verre d’eau, en rangeant quelques bibelots, mais le sommeil ne vient toujours pas et le silence me pèse considérablement.

Le lendemain, je me surprends à assouvir une obsession nocturne : me procurer des tisanes « bonne nuit », « nuit calme », « nuit apaisée »… Tout ce qui se boit et comporte le mot « nuit » : j’achète ! Au bout de quelques jours, j’abandonne piteusement. Certes la camomille a un effet relaxant sur mes paupières, mais elle stimule favorablement ma vessie ! Mes insomnies se déroulent à présent assise sur mes toilettes, à éliminer tous ces breuvages ingurgités… Je passe mes nuits à uriner. Charmant !

Enfin, je me persuade que la fin de mon calvaire approche et bientôt je m’amuserai de mon comportement excessif. En effet, je dois simplement me délester et combattre mes angoisses du moment. Une nouvelle vie s’offre à moi dans quelques jours… Si j’arrive à rester assez éveillée pour pouvoir la contempler !

Pour dormir tranquille, il faut n’avoir jamais fait certains rêves. »

Alfred de Musset

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