Noël en réunion

En cette fin d’année imminente, lorsqu’enfin les multiples achats compulsifs destinés au pied du sapin sont finalisés, il est nécessaire de se mettre des œillères afin de ne pas succomber quotidiennement à toutes les offres alléchantes et réductions indécentes qui fleurissent en magasins, envahissant aussi nos boites mails (sinon bonjour, le découvert !)

Malgré quelques craquages hautement nécessaires (les petits cadeaux magiques de l’Occitane, la box irrésistible Sephora, les promos sur les coffrets de parfums…) je tentais donc vaillamment de lutter, en plaçant méticuleusement dans ma corbeille, tous les nombreux messages proclamant la joie de se corrompre allègrement ce mois-ci. Chaque faible économie réalisée était un jour de gagné vers l’impitoyable 25 décembre.

Fière de ma réussite, de ma motivation à toute tentation irraisonnable, je ne contemplais même plus les vitrines attrayantes des boutiques, j’en étais arrivée à m’émerveiller aisément des décorations lumineuses dans la ville, des lampadaires enguirlandés et d’innombrables bonshommes rouges à la barbe blanche qui louchaient de fatigue en distribuant des flyers pour une soirée à guincher… Enfin la féérie de Noël à moindre coût !

Hélas, dans ma désintoxication des dépenses, j’avais oublié que parfois les pires sollicitations se trouvent juste à côté, dans notre environnement proche : les voisines et les copines ! En effet, depuis plus de quinze jours, ces bonnes âmes ne cessent de carillonner à ma porte en me proposant d’assister à leurs diverses réunions. Visiblement, l’ensemble de mes connaissances s’est découvert un intérêt certain pour la vente à domicile, et subitement toutes ces nouvelles animatrices se souviennent combien je peux être faible, ne pouvant alors pas leur rétorquer un refus simple, concret et courageux. Apprendre à dire « non » aux gens que l’on apprécie est un cadeau non recommandable pour Noël.

Ainsi, mes derniers jours de repos et autres week-ends se sont déroulés aux sons de joyeux discours proclamant les vertus bénéfiques de bougies à la cire naturelle, de robots ménagers qui coutent un SMIC, de bijoux aimantés pour rééquilibrer mes chakras, de semelles chauffantes pour cocooner mes petons, d’appareils hautement massants pour cette fourbe de cellulite qui s’incruste dans tous les plis du corps et de lingerie coquine (éventuellement vulgaire) pour réveillonner dignement.

Devant ce monticule de produits non désirés, acquis dans le seul but d’honorer triomphalement un certain devoir de bonnes manières lié à ma foutue éducation, je conçois très prochainement de postuler dans n’importe quel télé-achat, en compagnie d’un animateur recyclé, afin d’animer gaiment, tout en abordant fièrement, mes diverses emplettes. Désespérément, je crains surtout de finir en parfaite hôtesse à l’accueil d’une boucherie tant je ressemble à un jambonneau ficelé et débordant de gras dans ma nuisette sexy. À moins que la blancheur porcelaine de ma peau n’évoque plus ce bon vieux boudin blanc, plat particulièrement festif et appréciable en cette période de fêtes.

Vivement janvier, ce seront les soldes !

Le temps c’est quand on va d’un Noël à l’autre. »

Paul Villeneuve

 

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