Nettoyage de printemps

Tous les ans, lorsqu’enfin le soleil réchauffe le quotidien, une envie frénétique de rangement me gagne à chaque fois. Depuis toujours, j’adore cette période de l’année. À l’arrivée des beaux jours, j’aère ma maison afin de la purifier au maximum, la débarrasser des précédents frimas de l’hiver.

Une douce impression de me réveiller au rythme des saisons s’empare de mon esprit. Le besoin viscéral de mettre mes idées en ordre me submerge. À priori, je me libère pour mon plus grand bien-être, me délestant d’objets inutiles, abimés ou dont je me suis simplement lassée. Ainsi, le tri des placards me parait obligatoire, indispensable à mon équilibre émotionnel.

Plus je frotte mon intérieur de fond en comble, plus je suis contente comme une gamine auréolée d’une bonne action. En effet, une immense satisfaction m’envahit immédiatement grâce à cette traque effrénée du moindre grain de crasse. Subitement, ce semblant de purification dévoile des aspects insoupçonnés durant la grisaille de ces derniers mois. En fait, la poussière accumulée pendant l’hiver (merci la cheminée !) se voit davantage, les toiles d’araignées me sautent aux yeux (et tout en les éliminant malgré ma phobie légendaire, je prie mentalement pour que les propriétaires velues se soient aussi éclipsées aux beaux jours), les vitres paraissent plus sales… Mon « brouillard » se dissipe au sens propre comme au figuré. Aussitôt,  la clarté rend visible la saleté… À moins que mes nouvelles lunettes ne me procurent soudainement une vision panoramique !

Finalement, je mets à jour de multiples listes (trier la boite à pharmacie, sortir les vêtements d’été, ranger mon secrétaire, décorer grâce à une nouvelle tonalité de coloris ma maison…) tout en retrouvant soudainement les vestiges d’un passé émotionnel. En effet, je me perds parfois dans mes pensées selon les découvertes de mes rangements. En ouvrant mon coffre blanc, vieilli par les stigmates des différents déménagements, fidèle compagnon depuis tant d’années, je récupère de vieux carnets de notes, je relis d’anciennes lettres et m’émeus encore des mots des êtres chers à mon cœur… Parfois, leurs voix se sont irrémédiablement envolées, mais avec la lecture de ces écritures familières, elles existent toujours, encore porteuses de paroles jamais oubliées.

Ah, les bienfaits du printemps ! Mon corps repart, sort de sa léthargie hivernale grâce à une bonne dose de lumière et de douce chaleur encore quelque peu fébrile. Les paysages sont tellement beaux, sentent délicieusement bon, tous mes sens sont alors en éveil. Quelle joie de ressortir le salon de jardin aux premières chaleurs, de contempler l’éclosion des fleurs, de redécouvrir les joies du jardinage, les premières grillades, l’espoir prochain des vacances d’été…

Finalement, le bonheur s’observe au fil du temps, en contemplant la patience de la nature qui éclot chaque saison, tout en se réjouissant de ce plaisir jouissif, trop rapidement fugitif, jusqu’au prochain cycle de vie.

Le printemps, c’est tout un poème. On en parle, on le pratique, on l’attend… »

Alphonse Boudard

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