Loin de mon nombril

Tranquillement installée dans mon canapé, me délectant d’un bon feu de cheminée, je parcours méthodiquement un quelconque magazine. En effet, contrariée par un évènement anodin du quotidien, j’essaie de me détendre un peu, en bouquinant machinalement cette revue. En fait, je suis agacée par une multitude de choses futiles, pourtant elles semblent dérisoires, mais suffisantes pour me gâcher le plaisir de l’instant.

Puis, soudainement, je lis cet article sur l’Afrique concernant la pauvreté dans certaines régions qui continue dangereusement d’exister. Mon sang se glace immédiatement. Ces photos d’enfants victimes de malnutrition, complètement déshydratés, m’attristent considérablement. Malheureusement, la misère humaine reste un sujet universel et je m’interroge pourquoi tant d’injustes subsistent encore dans le monde actuel. Est-ce qu’un jour le problème de la faim sera enfin résolu ? Nous sommes quand même en 2017 ! Naïvement, je me souviens qu’adolescente déjà, ce sujet délicat m’avait marquée et avec les copines de l’époque, nous avions confectionné des gâteaux au lycée afin de récolter de l’argent. Une somme véritablement dérisoire qui n’a manifestement rien changé à ce vaste problème, mais a simplement pansé notre culpabilité.

Instantanément, je me reproche honteusement mes soucis anodins me paraissant finalement totalement insignifiants. Je suis une chanceuse, pourtant j’ose encore me plaindre ! Ancrés dans une société de consommation, nous sommes tellement habitués à notre confort de vie, à nos privilèges, que tout est banalisé et finalement nous finissons par nous apitoyer sur notre propre sort, sans porter le moindre regard vers l’extérieur. Détourner les yeux de notre nombril semble un effort de plus en plus surhumain. Cet article me bouleverse, car je me sens si inutile, lasse de constater que certains faits ne changent hélas pas, qu’aucune amélioration ne semble palpable. Que puis-je faire à mon simple niveau sinon envoyer un peu d’argent à une association ? Certes, un modeste don individuel permet que l’aide internationale perdure, mais je ne suis pas certaine que ce sera suffisant pour apaiser mon esprit meurtri.

Dorénavant, j’espère ne jamais oublier le bonheur de vie qui est le mien, puis souhaite, sincèrement, que chacun prenne véritablement conscience de la chance de nantis que nous avons de vivre dans un pays encore porteur d’espoir…

Rien n’est comparable à la réalité. »

Gabrielle Roy

 

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