Le stress de la mammographie

Eh oui, encore un nouveau suivi obligatoire ! Honnêtement, je devrais être désormais habituée à ce genre d’examen, non douloureux, mais je ressens toujours le même stress opprimant. Indéniablement, je suis quelqu’un de positif, néanmoins à chaque fois, le doute s’empare de mon esprit et je subis ainsi une situation pénible. Bien évidemment, cela m’agace profondément. En réalité, j’ai beau me rassurer et me dire que tout va bien en palpant mon sein contaminé et l’autre également, celui qui est encore sain. À quoi bon se torturer mentalement, se ronger les sangs puisque c’est uniquement un banal contrôle de routine, juste pour me rassurer et savoir, confirmer que je suis guérie, en rémission ?

Cependant, les questions tournent en boucle dans ma tête. J’entends cette petite voix qui me poursuit au réveil, perturbe mon sommeil et chamboule mon cœur : et si « petit crabe » était revenu ? Impossible de ne pas y penser lors de cette visite indispensable. Pourtant, je suis acclimatée, je connais les lieux, le médecin, la fameuse salle d’attente où je m’installe pour patienter un certain temps. En effet, la patience est une des qualités évidentes à posséder pour tout bon malade. Juste pour me rappeler, le sens du mot : PATIENT. Immédiatement, en franchissant la porte, je sais que je deviens un simple numéro, un ancien malade qui restera, qu’importe son devenir, un simple patient fiché dans un dossier. Un patient patiente en attendant son tour, en espérant un avis médical favorable, en souhaitant que ce verdict final ne fasse pas irrémédiablement patienter sa vie.

Douloureusement, cette petite piqure de rappel me heurte de plein fouet. De nouveau, je plonge quelques années en arrière, un violent flash-back : rien ne change, la maladie fige parfois le temps. En attendant, j’ai les mains moites, envie d’aller faire pipi, la gorge serrée, le ventre tendu, je transpire énormément, bref tout mon corps me confirme que lui et moi n’avons vraiment pas l’envie de nous trouver ici. Un sentiment étrange oppressant, impossible à maitriser, une sensation très déplaisante qui se nomme simplement la peur. Vulnérable, je ne peux pas me raisonner, l’anxiété a pris le dessus, ma respiration est difficile… Mais ai-je le choix ? Raisonnablement, non !

Sagement, j’essaye de me calmer en réfléchissant. Je ne sais pas encore le résultat, mais j’ai peur de savoir, alors que peut-être en sachant je saurai que je ne dois plus avoir peur. Mes pensées s’entrechoquent, ma logique me semble ridicule, et pourtant je n’arrive pas effacer la vision d’une pièce de monnaie qu’on lance en l’air pour savoir qui va gagner… Pile ou face ?

Constamment, je pense à cet instant, cette fraction de seconde qui décide du sort d’un malade. Quelques heures avant, on est en pleine forme, heureux de son avenir, de ce bonheur présent sans savoir que la mort nous grignote insidieusement alors qu’à l’annonce des mots sur nos maux, on ne devient qu’un être aspiré par les pénombres de l’angoisse. Il faut toujours savoir, mais est-ce le bon moment ? L’équilibre sur le fil de l’espoir, au-dessus du précipice de la mort, reste définitivement fragile.

Pour me distraire, et surtout calmer mon angoisse, je tente de me plonger dans une proposition de lecture éparpillée sur une table basse… Ah, la joie des vieux magazines complètement dépouillés et datant d’une date très éloignée dans l’actualité. François était encore avec Valérie, cela doit leur sembler une éternité tout comme mon cancer me semble appartenir à une autre vie. Alors, je patiente, incapable de me concentrer, trop anxieuse pour lire sereinement. Finalement, je regarde autour de moi à la recherche d’un modeste sourire rassurant, mais les femmes assises à mes côtés semblent elles aussi complètement perdues. J’essaye de penser aux êtres chers partis trop vite, rongés par cette maladie, ce foutu cancer, et je tente de me convaincre que je suis ici, en bonne santé pour l’instant, je ne dois pas baisser les bras, je n’en ai pas le droit… Toutes ces âmes disparues voudraient certainement poser leurs fesses sur ce siège pour écouter la sentence. Je me dois de relever la tête par respect pour elles, mentalement je leur demande de m’aider.

Afin de me soustraire à ce poids de terreur qui m’oppresse, je pense uniquement au moment où je vais quitter ces lieux et rentrer chez moi. Mon instinct de survie lors des séances de chimio reprend le dessus : juste un mauvais moment à passer et ensuite, je retrouve ma famille adorée, mes amours, mon havre de paix. Dans quelques minutes interminables, je serai fixée sur mon sort (récidive ou pas) en l’occurrence.

À présent, c’est mon tour, le moment du dernier round afin de savoir si ce combat est gagné ou non pour une prochaine survie. Allez courage ma belle, bientôt, tu pourras en finir avec cet endroit glacial. Banalement, je fais ma petite mammo, puis une échographie et hop retour à la case départ ! Je patiente de nouveau. Les amoureux people sont toujours figés sur ce papier glacé écorné, les femmes autour de moi me paraissent des statues d’effroi… Comme moi, elles patientent encore et toujours pour connaitre le sort de notre devenir. Nous ne nous connaissons pas, pourtant nous sommes dans la même parcelle de ce destin tangible.

Mon nom résonne enfin, le médecin, plutôt sympathique et confiant, me donne son diagnostic. Voilà, c’est fini, tout va bien, « petit crabe » n’est pas revenu, mon chemin va continuer avec un grand soleil. Il m’accorde la permission de vivre, je peux oublier le carcan du cancer durant ces longs prochains mois. Je vais vivre… Il me reste encore du temps pour élever mon fils, aimer mon homme, poursuivre l’écriture, m’éclater avec le blog… Aimer et continuer.

MERCI LA VIE !

Notre vie est un livre qui s’écrit tout seul. Nous sommes des personnages de roman qui ne comprennent pas toujours bien ce que veut l’auteur. »

Julien Green

 

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