Le nouveau Levothyrox m’empoisonne

Voici une rentrée bien difficile pour moi. Pourtant les vacances, symboles de bonheur, restent encore de délicieux souvenirs entre franches baignades, soleil au rendez-vous et apéros amicaux… mais ces instants savoureux s’apparentent désormais au passé. En effet, ma vie, ma santé, mon esprit se sont dérobés depuis que je prends la nouvelle version du Levothyrox, le fameux médicament de la thyroïde.

Au départ, malgré divers symptômes, je ne me suis pas inquiétée. En effet, j’ai supposé que mon état léthargique, associé à cette fatigue intense, était le résultat physique et psychologique de divers évènements difficiles subis dernièrement… Comment aurai-je pu alors remettre en cause ce fidèle médicament dont « seule la couleur de la boite avait changé » selon mon propre pharmacien ?

Puis peu à peu, les douleurs ont empiré, les terribles effets secondaires ont explosé la quiétude de mon être. Divers examens et un suivi personnalisé auprès de mon endocrinologue ont décelé une hausse alarmante de mon taux de TSH. Que faire ? Naïvement, je pensais que la médecine pouvait me proposer une solution concrète, résoudre alors tous mes désagréments pour que je puisse reprendre une vie normale… pourtant il n’y en a actuellement aucune.

Depuis dix ans, je souffre d’hypothyroïdie (maladie d’Hashimoto) et en prenant tranquillement un comprimé de Levothyrox tous les matins, je vivais sans aucune pathologie particulière. Tout allait parfaitement, je pouvais pleinement profiter de mon existence. Cependant, depuis un mois, grâce à la nouvelle formule promotionnée comme « sensationnelle » par notre ministre actuelle de la Santé je ne suis plus qu’une larve humaine, un mollusque souffrant cloisonné dans sa maladie.

Les meilleurs jours, en avalant des antidouleurs combinés à des doses massives de Vitamine C, je me traine lamentablement avec des symptômes grippaux (frissons, bouffées de chaleur, vomissements, raideurs musculaires, maux de tête, crampes, troubles de la vision, courbatures) et les autres journées, celles durant lesquelles mon corps me crie littéralement son épuisement, je peux à peine me lever du lit, me concentrer tant ma mémoire se dérobe, me contenter d’un morceau de pain pour unique repas quotidien tout en cumulant inévitablement des kilos inacceptables sur la balance, subir divers malaises socialement handicapants…

Ainsi, maintenant, ma vie est mise au ralenti, fragilisée par l’absorption d’un simple comprimé, remède pourtant censé m’offrir un bien-être.

Comment peut-on se soigner en s’affligeant de telles souffrances ? Stupidement, j’ai pensé arrêter mon traitement, mais cela signifierait la mort à petit feu, mon cœur fatigué ne pourrait plus lutter sans ces hormones primordiales. Prendre du Levothyrox n’est pas anodin, cela représente le médicament de survie pour les victimes d’une défaillance de la thyroïde !

Pour le moment, la médecine me propose comme seul remède de continuer ainsi puisqu’il n’existe aucun autre substitut. Certains docteurs tolérants me conseillent de me « fournir » dans d’autres pays (en effet seule la France a osé ce changement en Europe), mais tous ces praticiens m’ont chuchoté de le faire secrètement, en cachette, telle une droguée en bas d’un immeuble de la zone, cherchant consciencieusement son sachet de drogue pour obtenir sa dose journalière.

Pourtant une solution fondamentale s’impose : proposer les deux versions du Levothyrox au patient, ainsi chacun pourra choisir la formule qui lui convient le mieux. Le bon sens me parait judicieux…

Malheureusement, cela semble trop simple. Pour notre ministre de la Santé, il est préférable d’attendre que la polémique enfle à grande vitesse, que les nombreux arrêts de travail se multiplient, que les misérables victimes s’épuisent dans leurs douleurs, s’empoissonnent régulièrement en avalant ce produit vital, « nouvelle formule » !

Ma simple contribution a été de signer la pétition… Telle une bouteille d’eau jetée à la mer qui se perdra certainement dans les vagues bureaucratiques sans atteindre un potentiel destinataire, cependant sur l’instant j’ai eu l’humble sentiment de me sentir utile dans ce modeste combat.

Aujourd’hui, je suis, comme beaucoup trop d’autres victimes, devenue le cobaye de la médecine, sans volontariat de ma part. Contre mon gré, je représente un corps pour la science, je ne suis plus une personne réfléchie, simplement une vulgaire limace qui attend qu’on lui rende un semblant de vie.

Enfin une faible lueur d’espoir se profile à l’horizon… Madame la ministre promet que tous ces désagréments vont disparaitre prochainement en quelques semaines. Lorsqu’on fait une intolérance, il semble évident de continuer à s’obstiner, le corps doit obéir tout naturellement, elle nous remercie donc poliment de nous armer de patience et de geindre en silence en espérant que l’organisme s’habitue.

Personnellement, le mien se révolte encore, même si mon épuisement moral lui enquiert de ne plus lutter.

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