Le juste équilibre

Lorsque vous avez été gravement malade, il est difficilement réalisable de revenir à la problématique des gens normaux. En effet, votre vie a basculé subitement, tragiquement, à l’annonce de cette sentence mortelle et lorsqu’enfin vous pouvez vous féliciter d’avoir gagné le combat, celui de la vie, la vôtre, vous comprenez alors que vous avez indéniablement changé. Aujourd’hui, vous écoutez désormais votre cœur, vous savourez son rythme perpétuel, vous avez tellement souhaité que ces battements ne s’arrêtent pas à jamais.

Étrangement même si la routine reprend son cours, même si cette vie continue, même si les autres vous perçoivent de nouveau comme un être guéri, donc vivant, pourtant, en vous, il y a quelque chose de différent, de difficilement explicable. Vous avez survécu, vous n’êtes plus la personne d’avant, vous ne pouvez plus endosser ce rôle. Débarrassée de ce carcan de malade, vous êtes différente, transformée par cette lutte acharnée, rugissante d’une indomptable force, portée par une incommensurable volonté. Que serait devenu ce nouveau « vous » sans cette horrible transition médicale ?

Inconsciemment, la maladie vous a aussi laissé des « séquelles » psychologiques tout en amplifiant énormément la sensation du moment présent, toujours trop éphémère. Vous avez frôlé la mort, pris connaissance de la fragilité des choses établies, de votre propre existence, de la rareté des êtres qui vous sont chers… Paralysée par la peur de l’avenir, vous avez appris à la maitriser, à dompter les angoisses, à mieux vous connaitre, à revoir vos priorités, à savourer la moindre seconde de chaque journée et surtout à relativiser toute situation.

Ainsi, cette véritable prise de conscience opère en vous un sentiment d’urgence face à la vie puisque votre passage sur terre n’est pas éternel. Au jour le jour… Dorénavant, le souffle court en quête de bonheur, vous n’avez plus de temps à perdre pour des futilités. Vous aspirez à des choses simples, concrètes, non superficielles et tous les tracas du quotidien deviennent rapidement obsolètes. Le simple fait d’être en vie, de vous sentir vivante, vous rend euphorique.

Cependant, dans cette certitude essentielle de profiter de l’instant présent, vous vous apercevez que maintenant un monde différent se profile devant vous : l’univers des biens portants, ignorants de ce gain inestimable qu’est la santé. Inconscientes de cet état, ces personnes ne peuvent pas comprendre leur chance, la richesse qui habite leur corps. Avec des mots, elles ressassent la lourdeur de leur présent, mais ne se félicitent jamais de l’absence de maux dans le délice de leur vie.

Indéniablement, le rapport aux autres (ceux qui ne savent pas, ne comprennent pas) devient ainsi brusquement délicat et vous isole par conséquent. Comment écouter les plaintes récurrentes liées aux soucis de la normalité alors que vous avez tellement espéré vivre de multiples tracas juste pour continuer à rester sur cette terre ? Certes, la maladie bouscule tous les repères, mais ensuite elle permet d’acquérir, de développer une joie de vivre amplifiée, démultipliée, offrant alors le goût de plaisirs simples inestimables.

Concrètement, selon vous, une solution existe pour chaque problème, de ce fait il reste essentiel de ne pas dramatiser chaque détail contrariant, mais d’analyser la réelle gravité d’un souci face à ce que l’on possède déjà. Dîtes-vous définitivement qu’à chaque jour suffit sa peine !

Une vie passe vite, s’écoule trop hâtivement dans le sablier du temps, elle reste en conséquence un cadeau merveilleux, unique et précieux. En effet, ce sont souvent tous ces petits hasards dérangeants qui la pimentent, la compliquent parfois, puis amènent ensuite l’éclaircie d’un lendemain heureux.

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une. »

Raphaëlle Giordano

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