L’art du tri

Le tri est une tâche que j’effectue en général une fois par an, souvent à l’arrivée des beaux jours, bref comme beaucoup, je fais mon nettoyage de printemps.

Avec les premiers rayons de soleil et les journées qui rallongent, je ressens l’envie de ranger à fond ma maison et à cette occasion d’aérer au maximum afin de la purifier, la débarrasser de son surplus. Je me lance dans une traque effrénée de la poussière et élimine le moindre bazar qui gêne ma vision de propreté.

Impulsivement, le désordre me saute au visage, semble néfaste pour ma santé. En fait, j’aime bien remettre en ordre mon nid douillet, de fond en comble, ranger les placards, vider et trier les divers tiroirs des meubles.

J’ai le sentiment de repartir sur de bonnes bases, entamer un nouveau chapitre puisqu’en jetant, j’en ai ainsi clôturé un précédent.

De toute évidence, j’ai l’impression que je me libère l’esprit en me délestant d’objets inutiles, abimés ou de cadeaux que je n’affectionne pas particulièrement… J’ai tenté de garder quelque temps le vase hideux offert par une copine, le bibelot à l’art grossier reçu pour me remercier d’un service, mais passé un délai, j’envisage honteusement de me cacher derrière l’excuse que ma maladresse a réduit en poussière ce somptueux présent ou que mon chat adoré et vieillissant (que je ne possède pas encore !) a malencontreusement bousculé cette sculpture !

Bref, je m’autorise et m’accorde le droit de me débarrasser de l’encombrement des autres sur ma propre vie et mon espace.

Mais cette organisation se révèle souvent lente et parfois douloureuse… Il faut du temps et de l’énergie pour oser contempler son « foutoir » et franchir les portes de son passé.

Parfois, il m’arrive de retrouver aussi de véritables trésors enfouis dans le fond d’un placard. Des souvenirs remontent à la surface en découvrant des cartes postales reçues de gens précieux, des petits mots gentils dont je raffole particulièrement, des photos, vestiges d’un moment heureux, d’un instant bref, vif et saisissant. Souvent, les larmes coulent tant l’émotion peut me submerger. De joie ou de tristesse, ma mémoire se rappelle à moi et m’objecte de ne pas tout trier.

Un choix s’impose pourtant, puisque cette année, c’est un peu différent, je n’ai pas le choix, j’y suis obligée (moi qui suis tant réfractaire à l’autorité ! ) : je déménage ! En effet, j’ai l’opportunité de changer de logement pour gagner en confort d’espace et évidemment améliorer mes conditions de vie ne se refuse pas.

Je suis donc dans mon tri depuis déjà de longues semaines et tente de m’organiser en faisant des tas : ce qui sera donné à diverses associations, ce qui sera vendu (donc encore stocké pour un prochain vide-grenier), ce qui ira nourrir la déchetterie, ce que je garde et dois prochainement faire contenir difficilement dans des cartons…

Finalement, le tri est épuisant. Mon entrain régresse jour après jour tandis que la pile de sacs,  contenant une partie de ma vie, s’amoncelle dans toutes les pièces de la maison. C’est mon banquier qui devrait être heureux tellement j’envisage de ne plus JAMAIS acheter la moindre décoration devant toute cette accumulation qui me révulse !

Pour l’instant, je trie donc j’économise, mais pour vraisemblablement réinvestir ce pécule dans des prochaines séances de psy, la déprime me gagnant presque devant ces adieux matériels.

Une chambre d’enfant à ranger, c’est une vie à construire. »

Daniel Pennac

 

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