Intimité dévoilée

Comme à chaque fois (hélas), je commence à y penser quand je prends mon rendez-vous annuel… puis j’oublie puisque la séance de torture psychologique ne sera prévue alors que dans six longs mois. Certaines femmes sont angoissées à l’idée de prendre un gramme, de parler en public, de voyager seule (liste non exhaustive) mais personnellement ce qui me fait flipper, celle qui me vrille l’estomac : ma gynéco !

Pourtant je l’adore, car pour en avoir testé énormément, j’ai enfin trouvé la perle rare tant elle est douce, compréhensive et gentille. La crème des gynécos, toutefois je déteste la voir ! Enfin, j’apprécie énormément de papoter avec elle dans son cabinet complètement habillée, toutefois complètement nue, je ne suis plus qu’une boule d’angoisse. Ma pudeur, sans doute excessive (même si j’ai tenté avec un de mes amoureux le camping naturiste pour finir expulsée du lieu-dit au bout de 24 heures) ne se raisonne nullement à l’idée, qu’en qualité de médecin du vagin, elle est habituée à reluquer de la chair fraiche (ou pas) sans emballage.

Bref, ce matin-là après avoir méticuleusement récuré la moindre parcelle de mon anatomie, couper mes ongles de pieds (c’est ce qu’elle a dans la tête pendant l’examen, autant être aussi pointilleuse sur ce sujet), arracher à la pince à épiler le moindre poil perturbant puis hydrater intégralement mon corps, me voici installée dans la salle d’attente impersonnelle. Lorsqu’elle vient me chercher, avec un grand sourire rassurant, j’y vais presque de bon cœur, car je sais que nous allons parler librement de nombreux sujets et verbalement je n’ai aucun tabou. Sauf que là, aujourd’hui, il y a assis, près de son bureau, un truc tout grand, tout mince, légèrement boutonneux, complètement imberbe, qui joue machinalement avec sa branche de lunettes : un mec avec une blouse blanche sur laquelle est inscrit « étudiant ».

J’en reste tellement stupéfaite, que je ne peux que répondre un « euh… » lorsqu’elle me demande si « cela ne vous gêne pas qu’un étudiant assiste à votre examen ? ». Interloquée, je m’interroge sur la santé mentale de cette gynéco ! Je ne vois jamais de gynéco « homme » et j’ai déjà un énorme problème avec les femmes qui trifouillent dans ma grotte… Et devant moi, un étudiant novice qui va aussi reluquer mon intimité. Y’a une fête enfumée à laquelle je n’ai pas été conviée ou quoi ?

Par orgueil (et manque de courage ou éventuellement de lâcheté), je réponds pourtant mécaniquement (je me collerai des baffes) qu’« il n’y a aucun problème ». Finalement, c’est moi la folle ! Nue, je me fais palper le nichon droit par ma gynéco et son copain le gauche par l’étudiant inexpérimenté… Enfin, ce dernier me complimente sur la qualité de mes tétons « qui sont vraiment parfaits pour votre âge » (étudiant sans diplomatie et abruti donc). Ensuite, j’entame ma longue marche mentale vers le couloir de mon angoisse. Les voilà tous les deux penchés à l’intérieur de mon anatomie. Et que ça palpe, que ça fouille…Malheur ! Très studieux, il demande même à pouvoir effectuer lui-même le toucher ! Allons-y c’est visite gratuite aujourd’hui, le parc est ouvert à tous, lubrification garantie !

Trente minutes plus tard, me voici soulagée et libre. Yes ! L’angoisse reviendra encore dans une année, mais pourtant, je sais combien cette dernière est bénéfique, elle m’ouvre le droit d’être suivie médicalement, d’avoir l’aubaine de prévenir et peut-être guérir une foutue maladie de merde.

Actuellement, c’est encore le mois d’Octobre Rose, toutefois il est essentiel de ne jamais oublier, de se rappeler quotidiennement la chance que chacune peut saisir en se faisant dépister. La santé représente inévitablement le droit précieux de vivre… Et, nous n’avons qu’une vie… Alors, autant en prendre soin !

Les doutes, c’est ce que nous avons de plus intime. »

Albert Camus

 

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