Et maintenant ?

Ruban_noirDepuis cette funeste journée, ce maudit vendredi 13 qui ne sera plus qu’un jour de deuil à Paris et pour tous les Français,  je succombe à une énorme peine et me sens dans une impasse, tellement peu invincible. Le chagrin me fait penser aux victimes décédées. Ce sentiment de tristesse, mêlé à une profonde injustice, m’oppresse. Je pleure de rage, de colère, de désespoir, d’incompréhension. Quel gâchis ! Impossible pour moi d’arrêter de souffrir, de réfléchir, trouver enfin le calme absolu, le silence apaisé. Le chemin de la vie sur terre demeure parfois bien lourd, certains obstacles restent insurmontables. Toutefois, l’espoir d’un monde meilleur, d’une vie plus facile avec moins de souffrance ne doit pourtant pas être qu’une vague illusion…

Assommée, j’ai le cœur lourd, qui saigne de larmes. Dans ces moments délicats, lorsque ma conscience prend le dessus, je n’éprouve parfois plus l’envie d’affronter une réalité injuste et décevante. Je n’arrive pas à passer à autre chose. Je ne le désire pas. Parfois, je crains d’oublier, en menant de nouveau une vie normale. À ce moment-là, j’ai l’impression d’avoir perdu gros, mes illusions, mon insouciance, ma légèreté. Tragiquement, je deviens nostalgique de l’avant.

Durant ces derniers jours, la question de savoir comment l’on pouvait passer à l’acte s’est inévitablement ressassée dans mon esprit. C’est terrible pour ceux qui restent, la famille, les proches des victimes, les forces de l’ordre, le personnel soignant qui ont tenté de réparer cette horreur, sans pour autant supporter cette vision sanglante. Ce sentiment d’inefficacité de n’avoir pas pu empêcher cet acte redoutable. Et sans retour en arrière possible. Cet acte égoïste qui va déchirer la vie de ceux qui affrontent ce présent, qui doivent faire face, continuer le chemin, une vie détruite qui va traumatiser, mutiler à jamais celle des autres en laissant un sentiment amer de culpabilité.

Cet interminable « si » qui tourne constamment en boucle dans nos esprits. Impossible d’accepter cette réalité. Ce sentiment d’impuissance et cette douleur grignotent notre avenir. Comment exprimer son chagrin ? Quelles actions mener ? On dit toujours que chaque problème possède une solution, mais face à la mort, quel est l’arrangement possible ?

Pourtant, étrangement, je n’ai plus peur, la crainte a disparu. Ainsi, je refuse de rester prostrée dans une profonde angoisse, je refuse d’accepter en devenant fataliste, je refuse que certains assimilent mes amis musulmans à des fanatiques. Alors, je ressens le besoin vital de sortir, de boire un verre en terrasse, de fréquenter une salle bondée au cinéma, de voyager. Tout simplement de profiter, d’affirmer notre esprit de résistance, de persister à bouffer cette putain de vie, en respect pour ceux qui ne le peuvent plus. Tous les jours, j’ai la chance d’avoir encore ma destinée devant moi et cet extérieur, ce monde dans lequel rode un danger potentiel, est devenu ma principale bouffée d’oxygène. Dorénavant, j’ai bien l’intention et l’ardent désir de continuer jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Souvent, je m’oblige aussi à croire que je n’ai aucunement le droit de penser à mes propres états d’âme après toute cette tragédie. Quelle honte de se plaindre, d’étaler sa propre peine, qui reste tellement minime par rapport à celle des personnes si tragiquement concernées, amputées des êtres aimés… Et pourtant, je me persuade encore que dans cette solidarité d’anonymes endeuillés, nous arriverons peut-être à trouver quelques réponses, nous encourager pour avancer, crier encore et toujours notre attachement à cette belle liberté, tout en préservant ensemble durablement cet élan du cœur.

Ne jamais oublier, mais continuer à aimer.

Quand je mourrai, le vent soufflera toujours et les étoiles continueront de scintiller…  »

Jim Fergus

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