En une seule bourrasque

Le début de l’année s’annonce prometteur… Effectivement, il vient de m’arriver un évènement anodin qui m’a sensiblement incitée à réfléchir sur ces acquis matériels, essentiels à mon statut de privilégiée, à savoir l’électricité, un élément courant (sans jeux de mots), terriblement banal, et pourtant tellement indispensable… Si bien, que l’on ne se pose même plus la question : comment faisait-on avant ? Je préfère ne même pas y penser !

Suite à ma récente déconvenue, dorénavant, je promets de toujours souhaiter dans mes prochains vœux de conserver le pouvoir de mes prises électriques ! En effet, la dernière tempête (dont je ne désire pas préciser le prénom tant toute familiarité avec elle me débecte !) vient de fouetter violemment la France et plus particulièrement MA maison. Ainsi, par un après-midi glacial, je me suis retrouvée sans électricité. Une coupure insignifiante, qui s’est éternisée contre mon gré, mettant en ébullition ma zénitude habituelle.

Après un long moment d’attente et vérification du compteur électrique (disjoncté ou pas ? Heureusement mon mari plus réactif à penser à vérifier ce détail tandis que je maugréais d’impatience), je prends contact avec mes voisins proches pour vérifier si une source lumineuse apparait chez eux… Pour alors décidément m’agacer encore plus devant le bon fonctionnement de leur installation. Nous sommes seuls dans la pénombre sans ce fameux jus permettant de nous chauffer, de cuisiner et de nous regarder en chiens de faïence ! Surprise, je me décide finalement à téléphoner pour signifier ma panne. D’un ton las, mon interlocuteur me précise que les techniciens sont vraiment débordés et qu’un technicien interviendra à mon domicile avant 21 heures.

À ce moment précis, il est environ 17h30. Nous sommes vendredi et un pressentiment désagréable me submerge immédiatement. Le week-end commence bien. Vers 20h45, toujours pas de nouvelle… Toute ma petite famille est aux aguets, les estomacs commencent à crier famine, nous attendons patiemment en nous demandant si nous devons téléphoner de nouveau ? À 21h15, enfin un appel nous informant que, finalement nous ne sommes nullement prioritaires dans le traitement des interventions puisque des pannes collectives ont été signalées relevant alors d’une réelle urgence. Par conséquent, le « professionnel » passera seulement demain matin entre 8 heures et midi… si tout va bien !

Pour clôturer joyeusement la soirée, nous dinerons donc de quelques crudités agrémentées de yaourts, dormirons avec plusieurs couches de vêtements tout en partageant mutuellement notre colère à la lueur des bougies… Bien évidemment, le réveil du lendemain, après une courte nuit glaciale, se révèle aussi difficilement appréciable tant la bonne humeur de mon cher et tendre, privé de sa grasse matinée tant désirée après une longue semaine de travail, est palpable grâce aux vibrations émises par les jurons qu’il vocifère à l’encontre de ce foutu réseau électrique.

Finalement, notre sauveur, ce bon samaritain en bleu de travail, se présente vers midi, à l’heure de l’apéro. Soulagés, nous commencions sérieusement à désespérer et l’accueillons avec une vive effusion qui le laisse de marbre. Sobrement, il préfère nous informer que le compteur fonctionne parfaitement donc le dysfonctionnement se situe ailleurs. A présent, le plus difficile sera de définir l’endroit stratégique de cette mort annoncée. Je n’ai pas le temps de lui demander quand le problème sera enfin résolu que ma sonnette carillonne frénétiquement et plusieurs personnes, totalement inconnues (mais dans ma situation apparemment), viennent trouver refuge chez moi afin de solliciter les services de Mr Electricité. Sa camionnette garée devant chez la maison a provoqué une ruée de naufragés en quête de courant. Heureusement que j’ai pris la peine de signaler cet incident, puisque personne ne l’avait fait auparavant, pensant naïvement que quelqu’un d’autre le ferait à sa place. Le cercle vicieux ponctué du syndrome « c’est pas moi, c’est pas ma faute » !

Ainsi, nous ne sommes pas les seuls et notre panne, au demeurant individuelle, devient collective donc prioritaire… Cependant la priorité relève d’un ordre bien défini et nécessite une importante patience. Bref, il faut encore attendre afin qu’un nouveau collègue, habilité à traiter les demandes groupées et non isolées, intervienne finalement sur un transformateur.

Après 48 heures en mode survie, lorsque la lumière apparue enfin au bout de notre tunnel psychologique, nous réintégrons une vie moderne, totalement jouissive à la simple évocation d’appuyer sur un interrupteur. Retrouver du Wifi a presque généré une fête familiale, les larmes effleuraient nos yeux devant les boutons qui s’illuminaient joyeusement… une féérie nettement plus magique qu’un sapin de Noël ! Abasourdie, j’ai presque pleuré en retrouvant le journal télévisé et son flot de mauvaises nouvelles, même les innombrables publicités semblaient orgasmiques, car réelles.

Indéniablement, cet épisode de vie m’a définitivement marquée (je parle à présent à mon four, mon lave-vaisselle…) en me faisant prendre conscience du bonheur qu’apporte cette technologie trop souvent prise pour acquise… et égoïstement, je suis définitivement tombée amoureuse de tout ce qui se nomme « réparateur », ces guérisseurs du confort !

La modernité se définit comme un progrès décisif de la conscience de soi. »

Etienne Borne

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