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Bête à poils

De retour de promenade matinale avec ma chienne, Miss Crapaud, qui gambade joyeusement en jouant avec sa laisse, j’aperçois de loin, un homme à la carrure massive, dont la barbe fournie et les cheveux hirsutes dissimulent une partie de son visage. Du coin de l’œil, celui-ci m’observe, fixement, devant le hall de l’immeuble. Lorsque je suis à sa portée, cet individu me bloque brutalement le passage, tout en m’interpellant : « Va encore y’avoir plein de crottes avec vous devant l’immeuble ! »

Surprise, je réfléchis rapidement et, malgré le fait que mon cerveau ne fonctionne réellement qu’à partir de 11 heures (après une forte dose de caféine), je ne me souviens pas avoir dernièrement baissé ma culotte pour dénuder la partie la plus charnue de mon anatomie afin de démouler un « cake fumant » sur le trottoir de la résidence.

Par déduction, je suppose donc que cette remarque désobligeante s’adresse aux déjections de Miss Crapaud. Même si l’envie me taraude de lui cracher un juron à la face tout en lui piétinant sauvagement le pied avec mon talon (version folle hystérique), je lui objecte, avec un sourire resplendissant, un simple « Pardon ? »

Sans aucun humour, ce personnage grincheux m’aboie de nouveau sa tirade, éructant au passage quelques vulgarités fleuries. Sans autre alternative, je décide alors de passer en mode offensif : « Monsieur, ma chienne est bien élevée, elle, et ne crotte donc pas devant les habitations. De plus, lorsque le résultat de sa digestion se présente, j’ai l’obligeance de ramasser l’objet de votre convoitise avec un sac destiné à cet effet ! » La compréhension d’une telle phrase semble répulsive pour l’ahuri poilu qui fuit jusqu’à son appartement, en grommelant.

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Toutes les vérités…

Lorsque mon amie est arrivée, j’ai immédiatement constaté qu’il se passait quelque chose de suspect. En effet, ses yeux rougis brillaient anormalement, son chignon libérait quelques mèches folles,  sa lèvre inférieure tremblait légèrement… et ses mains étaient désespérément vides !

Pourtant, celle-ci devait apporter le dessert pour notre « soirée filles ». Chaque mois, pour cet évènement typiquement féminin, nous nous répartissons les rôles scrupuleusement. À mon tour, aujourd’hui, d’être chargée de l’organisation de la soirée, Sophie s’occupait du buffet, Catherine prévoyait les animations et Mélanie proposait de composer de charmants cocktails lors d’un apéritif festif.

« Et les gâteaux ? Ils sont où ? » Figée, elle restait immobile dans l’entrée, me regardant bêtement. Légèrement obsédée par les pâtisseries manquantes, et visualisant mon organisation qui s’effondrait tel un château de cartes, je ne cessais de lui répéter « Nan sérieux, t’as oublié ? Dans une heure, l’appartement sera peuplé d’une vingtaine de nanas prêtes à festoyer et t’as zappé le dessert ? Au chocolat !! »

D’un vif mouvement, mon amie se réfugia sur le canapé, gémissant et jurant, tout en m’expliquant, entre plusieurs hoquets rageurs, que son mari la trompait outrageusement. Surprise par cette nouvelle, je restais alors complètement perdue dans mes pensées, tentant vainement de la réconforter chaleureusement, avant l’arrivée des autres convives complètement hystériques à l’idée de se défouler entre poulettes. Subitement, elle se ressaisit brutalement et m’objecta : « Dis-moi ce que tu en penses ? Tu sais pourquoi il me trompe ? Je suis prête à tout entendre pour ne plus être dans le déni ! »

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Vieille pomme

En toute honnêteté, j’ai plusieurs passions hautement intellectuelles à mon actif : manger avec un seul doigt l’intégralité du pot de Nutella, prendre un bain en chantant du François Valéry (« Elle danse Marie, elle danse… »), lire Voici ou Gala et principalement saliver de plaisir devant tous les épisodes de la série Esprits Criminels, plus particulièrement lorsque Shemar Moore (le profiler Derek Morgan) apparait à l’écran. Soit dit en passant, je crois que le réalisateur bave aussi pas mal sur l’acteur puisque c’est le seul qui court continuellement après les meurtriers. Et en action, Shemar il est top !

Alors, lorsqu’un lundi matin, je suis présentée au nouveau commercial qui va intégrer mon équipe, je commence sincèrement à penser que l’un de mes fantasmes physiques prend littéralement vie devant moi. Impossible de rester sans voix, il est nécessaire de papoter intensément sur ce sujet passionnant.

Cependant, interdiction totale de communiquer dans notre bureau, ce cher open space. Le chef prétend, avec une autorité revendiquée, que « parler n’est pas travailler ». Consternée, je n’en doute pas lorsque je l’observe blablater des heures durant, au téléphone en pleine conversation personnelle, dans les couloirs, à la pause-café puis revenir aboyer des ordres incompréhensibles pour évoquer les statistiques du jour.

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Le plafond résonnait de ses pas

Depuis 10 minutes environ, des sirènes hurlantes brisent la quiétude de mon sommeil. Pourtant, je ne prends pas la peine de me laisser distraire par ce vacarme en me rendant devant ma fenêtre. En effet, harassée par ma longue journée de travail, mes paupières se referment immédiatement, même si inconsciemment, mon esprit me laisse supposer qu’un accident est certainement survenu à quelques rues de mon domicile.

Cependant, après quelques instants, la danse des lumières bleues dans les interstices des volets me perturbe sérieusement. Les gyrophares qui illuminent ma chambre réveillent complètement ma conscience. Vraisemblablement, un drame se produit en ce moment au sein de mon immeuble. Attentive, j’écoute et ne perçois aucun bruit particulier. Pas d’alerte au feu, pas de panique ou de course dans les escaliers. Peu à peu, je vois la voiture du SAMU partir et les pompiers la précèdent. Plus rien. La vie reprend tranquillement sa routine.

Le lendemain, je croise dans la journée, plusieurs voisins qui ne possèdent pas non plus une explication miraculeuse à l’intervention médicale de ce matin. J’oublie alors cet événement. Et puis, trois jours après ce brusque réveil nocturne, je croise par hasard le facteur. Sa simple phrase « C’est horrible, non ? » me rappelle immédiatement les faits des jours précédents. Très étonnée, je ne sais ce que je suis censée répondre, et lui demande simplement de quoi il parle concrètement. Et là, j’apprends que ma voisine du dessus, la petite mamie du troisième est malheureusement décédée chez elle, seule. Sa fille n’ayant plus de ses nouvelles depuis une semaine a préféré contacter les secours. Ces derniers l’ont trouvée inanimée, à la table de cuisine, près de sa tasse à café. Morte, au petit déjeuner.

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