Balayer l’hiver

En ce mois de novembre vivifiant, j’ai enfin choisi de refuser le temps qui s’impose à moi. Marre de n’être qu’un mouton docile suivant bêtement la meute résignée qui s’engouffre naïvement dans les aléas de la prochaine saison. C’est décidé, je m’offre donc ma mini-révolution !

La faute à tous ces bouquins « bien-être » qui distillent le bonheur à tout va en prônant le fait d’être heureux, de trouver son équilibre, de profiter de l’instant présent « ici et maintenant », de s’aimer intensément et toutes ces autres photos instagramées des blogueuses influentes, vendant des paysages ensoleillés, avec ou sans filtre, parsemées de tenues estivales et de sourires enjôleurs.

Ainsi, depuis le changement d’heure obligatoire, je n’ai pas obtempéré ! Mon corps non plus puisque ce misérable boulet (que je traine depuis quelques années… malgré mon jeune âge) s’acharne à se réveiller à l’ancien horaire, refusant alors de capituler devant ces foutues soixante minutes de sommeil gagnées, selon l’ordre logique de la Planète. Pour suivre mon rythme biologique, je n’ai naturellement changé aucun réveil et encore moins l’affichage de ma voiture. Tout d’abord, je ne sais nullement comment trouver les paramètres dans les divers menus de l’ordinateur de bord pour effectuer convenablement cette manœuvre, de plus je refuse totalement de lire le mode d’emploi… parce que cela ne sert à rien, puisque je maîtrise (même si avouons-le humblement je n’y comprends rien !).

Il est vrai que cela m’a toutefois engendré quelques erreurs en affichant mon disque horodateur pour les zones bleues, cependant je crois encore en la compassion de l’humanité et encore plus en celle des charmantes personnes qui collent allègrement (poussant parfois le vice jusqu’à en éprouver du plaisir) des PV sur les voitures non réglementaires. Qu’importe, je suis en grève du temps !

Le fait que mon entourage proche ait déjà effectué tous ses multiples achats pour Noël (en effet maintenant les jouets fleurissent avant les chrysanthèmes dans les magasins et les coffrets des parfumeurs relèguent Halloween à une vulgaire fête de Drag Queen) me persuade que prochainement le Père-Noël se sera délesté d’une vingtaine de kilos, aura découvert l’épilation du torse et la barbe de trois jours afin de débarquer quasiment à poil avec son caleçon rouge, le pompon du bonnet coincé entre les dents, laissant apparaitre un bout de langue aguicheuse.

Personnellement, ayant péniblement subi un déménagement fastidieux, et un amoncellement de cartons digne de la Tour de Pise, il y a trois mois, je refuse complètement de trier et ranger de nouveau ma garde-robe estivale dans le but de la remplacer par des pull-overs, des doudounes et autres thermolactyls ! Je continue donc de me vêtir de simples tee-shirts et petites robes, acceptant pour seule et unique concession le port d’un manteau à l’extérieur. Certes, j’essaye ainsi d’éloigner une prochaine agonie maladive, mais je souhaite surtout éviter que mon nouveau tatouage ne gèle… Même si je suis en lutte, je reste raisonnable (et peureuse !)

Toutefois, j’admets avoir obtempéré devant le port de chaussettes le soir à la maison. Mes soquettes « Teddy Bear », achetées lors d’un merveilleux voyage à Londres avec une amie précieuse, m’évoquent alors de doux souvenirs nostalgiques, et éventuellement réchauffent mes petons régulièrement bleuis par les premiers frimas.

En effet, soyons honnêtes, je trouve que pour un été, ça commence tout de même sacrément à cailler… La météo n’a décidément plus de saison !

On voudrait avoir ce courage des oiseaux en hiver. »

Françoise Lefèvre

 

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