Avec ou sans Bac ?

L’approche imminente du baccalauréat me rappelle avec effroi les souvenirs douloureux de ma jeunesse liés à cette période particulièrement éprouvante. Combien de maudites journées ai-je passées à me morfondre seule enfermée dans ma chambre, en espérant décrocher ce précieux sésame, ce diplôme me permettant d’ouvrir les portes de mon avenir afin d’appréhender sereinement ma vie future d’adulte ?

Je me souviens encore de ces multiples soirées à réviser des fiches récapitulatives de cours, je me revois telle une actrice débutante, devant mon miroir, figeant un timide sourire, une expression corporelle dans l’unique but de me donner une prestance, une contenance pour les oraux. De plus, je n’oublie toujours pas l’éternelle menace de mon père qui m’affirmait d’un ton ferme et autoritaire « Tu décroches le bac et tu continues tes études, sinon t’as seulement six mois pour te créer une nouvelle vie avant que je ne te mette dehors » ! Bref, à mon époque, le bac représentait une lourde épée de Damoclès au-dessus de nos jeunes têtes. Plusieurs semaines avant les épreuves obligatoires, mes boyaux se tordaient déjà d’une angoisse incommensurable. Mais ça, ce périple psychologique, c’était avant !

En effet, mon enfant adoré enclin, très prochainement, à subir la même épreuve que moi ne semble pas du tout informé de cette échéance fatidique, ni stressé. Je ne suis pas même certaine qu’il se sente concerné par ce fameux bac et je suppose souvent qu’il puisse sombrer à jamais dans une négligence totale de cet épineux souci. Malgré un acharnement hautement musclé de ma part depuis plusieurs semaines, un gavage de pensées positives (les petites gélules homéopathiques pour détendre, je préfère les gober moi-même) et l’emploi de menaces au cri strident de « VA TRAVAILLER », je n’ai obtenu pour réponse que des « T’inquiètes pas, je gère », « Pourquoi tu t’affoles ? Y’a vachement le temps », « Je sais déjà donc pourquoi perdre de l’énergie ? », « Le bac, ils le donnent à tout le monde », « Faut pas s’épuiser trop vite et garder des forces pour l’année prochaine »…

Tentant constamment de dialoguer avec mon amour-d’enfant-chéri, je lui explique tout de même que l’année dernière environ 10% de jeunes ne l’ont pas obtenu ce foutu bac. « Tu imagines mon bébé si jamais tu étais dans cette minorité ? Quel sera ton futur à la rentrée ? ». M’observant mollement d’un air nonchalant, les yeux dans le vague, soufflant patiemment pour tenter de m’expliquer en langage simple (parfois je me demande si je ne le gave pas ?) que de toute façon au dernier bac blanc, il n’a pas du tout révisé (« Vraiment que dalle, Maman ! ») et pourtant il a obtenu de meilleures notes que ceux (les boloss) qui avaient buché studieusement comme des tarés ! Alors ??…

… Alors (ayant abandonné la médecine douce pour calmer mes nerfs), je suis légèrement shootée par les nouveaux médocs  garantissant une profonde zenitude et favorisant un état euphorique durant lequel je me surprends à penser que j’ai enfanté sans le savoir un génie ! Le même chérubin dont je me souviens, avec une tendre nostalgie, de son premier jour d’école, m’embrassant vigoureusement sur la joue, me confiant symboliquement son précieux doudou, agitant frénétiquement sa petite main pour me dire au revoir et faire ainsi cesser mes larmes. Que son dernier jour de scolarité lui soit autant favorable que le premier.

En réalité, j’attends surtout que ce moment passe enfin, en espérant de tout cœur que cette conviction profonde de réussite qui est la sienne devienne réellement concrète en juin.

À quoi bon apprendre ce qui est dans les livres, puisque ça y est ? »

Sacha Guitry

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