Au pied du sapin

Cette année, super motivée, j’étais enfin décidée à devenir organisée, à ne plus subir le coup de stress inévitable de dernière minute, cet état anxiogène qui me provoque toujours diverses affreuses palpitations. Totalement euphorique devant ma détermination à m’astreindre définitivement à mes bonnes résolutions, me voici en route pour effectuer mes achats de Noël. Dorénavant, les courses précipitées trois jours avant la date fatidique sont révolues !

En effet, les jours s’amusent en valsant avec le temps. Désormais, les catalogues de jouets envahissent les boites aux lettres bien avant l’achat des chrysanthèmes pour la Toussaint. Même Halloween peine à trouver sa place dans les rayons et les masques d’horreur échouent lamentablement auprès de citrouilles plutôt défraichies. Précédent les premiers frimas de l’hiver, cette magie féérique grappille de plus en plus de place dans notre quotidien, les économies réservées aux fêtes de fin d’année fondent comme neige au soleil avant même l’ouverture du premier jour d’un calendrier de l’avent. Prochainement, le Père-Noël relèguera le traineau et les rênes, au profit d’une planche de surf et d’un caleçon de bain !

Me voici donc dans un immense magasin de jouets destiné principalement aux enfants, mais générant exclusivement une participation financière des adultes ! Subitement, devant cette foule de parents partiellement hystériques, je ressens la force de la mission divine qui m’incombe : partir en quête de la Barbie « édition limitée », de la poupée Corolle version « doudou » et du camion sirènes hurlantes Playmobil.

Subitement, un drame, aussi important qu’une avalanche, s’abat sur moi : plus de poupées maigres et blondes, ni de petits bonshommes aux coiffures ridicules. L’épuisement des stocks a frappé à une vitesse record. Complètement envahie par l’angoisse du jouet manquant, je galope après un vendeur, au demeurant plus jeune que mon neveu. Gentiment, en mode « je parle à une personne de plus de trente ans donc merci d’articuler pour sa bonne compréhension », cet adolescent nonchalant m’explique que je suis un peu en retard pour les figurines dites « collector »,  prises d’assaut dès leur sortie. Commercialement parlant, je suis donc has-been !

Navré, il m’informe d’une voix chétive que je dois alors passer immédiatement de toute urgence une commande en espérant que celle-ci puisse être honorée et livrée avant le 23 décembre. Tentant de réfréner mon énervement, je lui promets de faire dorénavant mes courses dès le mois d’octobre s’il me promet de me placer en haut de la file d’attente. En remplissant le formulaire de rigueur, je me souviens avec une douce nostalgie de mes lettres enfantines (comprenant une liste non exhaustive de divers choix) adressées au vrai Père Noël. Dorénavant, l’enchantement n’opère cependant plus, puisque j’ai le vague sentiment de remplir une proposition de candidature pour obtenir le précieux trésor tant désiré.

Dès en sortant de cette maudite boutique, je me précipite d’un pas énergique afin d’effectuer mes autres achats, ceux réservés aux grands… Manquerait plus que la pénurie du cadeau touche la France entière ! Complètement épuisée par cette journée harassante, je rentre tardivement à la maison pour constater ce monticule de présents qu’il va falloir maintenant stocker durant plus d’un mois ! De plus, l’idée m’effleure qu’en décembre, il y aura peut-être d’autres produits qui me feront littéralement craquer et auxquels je succomberai docilement. Bref, l’immense gouffre financier de Noël sera certainement, me concernant, plus important que le cratère d’un volcan.

Finalement, je m’interroge si je ne dois pas dès aujourd’hui me gaver de foie gras, déguster tous mes chocolats en arrosant l’ensemble de bulles pétillantes et ainsi péter de joie des étoiles pour célébrer dignement Noël en novembre !

Noël n’est pas un jour ni une saison, c’est un état d’esprit. »

Calvin Coolidge

 

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