Accro au net

Honnêtement, je dois bien l’admettre, je suis devenue totalement dépendante à internet. Pourtant, je pensais naïvement ne pas être aussi intoxiquée par cet outil fabuleux, qui me permet de me connecter au monde extérieur quotidiennement. Lorsque l’on travaille à la maison, le web c’est un peu comme rencontrer tous les jours des collègues de bureau.

Régulièrement, je me félicitais que mon pote de travail internet ne faisait jamais la tête, ne m’analysait pas selon ma tenue vestimentaire, ne jetait pas un œil louche sur ma manière de bosser… bref un compagnon fidèle que j’allumais tous les matins et qui me rendait du plaisir : l’extase !

Hélas, visiblement, je n’ai pas compris que mon internet avait aussi visiblement des états d’âme. Une simple panne de mon opérateur téléphonique et tout a basculé. L’horreur totale ! Comment vais-je faire pour continuer d’écrire sur le blog, consulter mes mails, faire mes comptes, bosser la finalisation du second livre, surfer sur mes sites favoris ou les réseaux sociaux, commander mes produits de beauté, acheter mes livres indispensables à mon équilibre intellectuel ? Bref, que vais-je faire de ma journée ?

Comment on faisait avant ? Je n’ose me poser cette simple question, parce qu’avant ce n’est plus maintenant ! Aussitôt, la tragédie me percute de plein fouet, impossible, inenvisageable, inimaginable de vivre désormais sans ce confort.

Autant, en vacances je ne me connecte jamais, je n’avais déjà pas pour habitude de rapporter des dossiers à la maison  quand je passais mon temps au bureau donc je considère que la connexion se doit d’être « off », totalement interrompue. Congés imposés pour internet, c’est moi le boss, c’est moi qui fixe les dates ! Sauf que là, je suis à la maison et que je n’ai nullement accordé de RTT à cet ahuri d’internet !

Après avoir éteint, rallumé le boitier de la box plusieurs fois, enfoncé irrémédiablement avec un trombone le bouton « reset », le constat est sans appel : aucun résultat. Telle une droguée en manque, je tourne en rond dans la maison en espérant au plus profond de moi que cette panne va se résoudre, comme par magie, rapidement… Tout de suite !

Pour me calmer, enfin partager mon désespoir, je décide de téléphoner à une amie censée qui comprendra pleinement ce problème existentiel. Sauf qu’internet a manifestement décidé de me cocufier avec la ligne téléphonique de mon fixe… Cette garce est aussi aux abonnés absents !

Finalement, même si l’angoisse me consume totalement, je réagis à la sonnerie de mon portable. Hourra ! Je ne suis pas seule, isolée sur terre, je l’avais complètement oublié celui-là. De plus, j’avais aussi quelque peu zappé mon mari qui lui m’appelle pour savoir ce qu’on mangera ce soir. Il pense à son estomac alors que je ne suis qu’une boule de stress ! Avec mon légendaire flegme et sans lui hurler dessus, je lui narre le récit de ma dernière heure, il se contente alors de me préciser que je dois contacter l’opérateur pour analyser le souci, tout en me précisant qu’il achètera le pain, le dîner n’étant vraisemblablement pas une priorité à mes yeux.

Fébrilement, je contacte le réel employeur de mon internet et patiente, tout en expérimentant la respiration ventrale pour me calmer. Et là, une voix désagréable daigne me répondre qu’un problème interfère la connexion de ma ligne et que celle-ci devrait être réparée « d’ici environ une semaine ». Quoi ? Ai-je bien entendu ? UNE SEMAINE !! J’en supplie presque mon interlocutrice de dépêcher un Saint pour tenter un miracle. Autrement, je fais comment ? Panique générale de tout mon être. Je raccroche dégoutée et navrée. La déprime me gagne instantanément. C’est grave docteur ?

Finalement, j’abandonne la respiration ventrale qui m’agace prodigieusement et tente d’apaiser mon esprit. Il faut positiver ! Je tente une analyse heureuse : je suis en bonne santé, ma famille aussi, je ne manque de rien et pourtant je ressens une impression fort désagréable de manque. Totalement dépitée, j’attaque le pot de pâte à tartiner, lui au moins ne semble pas vouloir me quitter.

Deux heures plus tard, je reçois un sms. Immédiatement, je pense alors que je devrais aussi en envoyer un à mon homme puisqu’il faut vraiment acheter du pain, la dernière baguette au Nutella se fait royalement une fête dans mes intestins !

« VOTRE LIGNE EST DE NOUVEAU ACTIVE » !!

J’en pleurerai presque de soulagement… Enfin avec toutes ces péripéties, j’ai pleinement pris conscience que je n’étais qu’une loque sans internet, que je ne pouvais restreindre mes pulsions alimentaires chocolatées en cas d’important stress… Vite ! Il faut que je cherche sur le web les causes de cette addiction ! Lorsque le moteur de recherches me soumet différentes possibilités (souvent graves), je succombe, totalement euphorique, à ce bonheur.

Grâce à internet, vous pouvez connaître le temps qu’il fait sans même avoir à tourner la tête vers la fenêtre. »

Didier Hallépée

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